l'ecole de l'an quarante à Méru

Publié le par Jack GONET

J’ai commencé ma scolarité en fréquentant l’école maternelle Gambetta où une lointaine cousine de mon père était directrice, puis l’école Voltaire, l’école des grands, où je me trouvais bien.. L’envahisseur arriva et en 1941 et réquisitionna les bâtiments pour loger la troupe teutonne, les élèves des différentes classes furent répartis dans les écoles maternelles. Je fréquentais l’école jean Macè où les pupitres étaient trop petits, les plus grands étaient obligés de s’asseoir sur le dessus, ce qui faisait rire tout le monde au grand désespoir de l’instituteur, qui n’était pas encore professeur des écoles! Cela dura une année scolaire, à la nouvelle rentrée, on nous installa dans un atelier désaffecté de boutonnier rue Louis Bloquet. La majorité des boutons fabriqués à Méru et dans sa région employait comme matière première des coquillages qui provenaient des mers chaudes, mais pendant la guerre les bateaux au long cours étaient la cible des sous-marins allemands, donc faute de matériaux bon nombre d’ateliers d’artisans fermaient.

Notre instituteur était Georges Cresson fils d’un boutonnier d’Andeville, très agréable et joueur, nous descendions en groupe les escaliers pour aller faire du sport place du jeu de Paume. L’ « instit » comme on disait, les barbarismes commençaient déjà, aimait le football et jouait avec nous.

Le jour de congé était le jeudi, et je devais participer à la recherche de nourriture, les tickets d’alimentation ne nous permettaient que des frugaux repas. C’est ainsi que j’allais avec ma cousine glaner du blé à la saison de la moisson, et moudre le grain dans un moulin à café d’épicier, tamiser pour enlever le son qui servait à nourrir les lapins qu’on élevait dans le grenier, et avec la farine je faisais du pain à la cocotte, du pain bis complet.

On nous avait imposé, non plus la république mais l’état français, avec à sa tête le maréchal Pétain, celui-ci n’aimait pas beaucoup l’école de Jules Ferry, laïque gratuite et obligatoire. Le certificat d’étude était supprimé et remplacé par le « D E P P », diplôme d’étude primaire préparatoire, qu’on passait vers l’âge de douze ans. A Méru, le écoles étant réquisitionnées par l’occupant, c’est l’école d’Andeville qui nous accueilli pour cet examen, notre instituteur originaire de ce grand village, nous emmena chez son père pour nous offrir un verre de cidre pour fêter la réussite.

Une fois cette année terminée je continuais ma scolarité au cours complémentaire jusqu'à la libération de notre ville fin Août 1944, qui fut un grand jour pour nous écoliers en vacances et nous expérimentions nos connaissances en anglais, bien maigres, les GI qui avaient remplacé les teutons nous faisait parler l’américain avec l’accent du Texas auquel notre prof d’anglais M. Lemaire, ne comprenait rien. A la rentrée, qui se faisait le premier octobre, après la moisson, nous avions réintégré nos écoles après que les employés municipaux eurent remplacés toutes le vitres que l’occupant avait brisé avant de quitter les lieux. Sur les murs intérieurs de la cour, des silhouettes de militaires étaient peintes qui servait de cible pour l’entraînement des soldats, les impacts de balles avaient laissé des traces sur les murs de brique.

Le directeur de l’école M. Carteret, bourguignon bon teint avait pris sa retraite et c’était M. Coeffet qui l’avait remplacé et qui me prépara au concours d’entrée à l’école nationale professionnelle de Creil, j’étais reçu et y faisait la rentrée en 1947. Ma scolarité méruvienne était terminée bien perturbée par cette guerre.

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