LE PREMIER JOURNAL DE MERU ( mésaventures)

Publié le par Jack GONET

la "une" du journal en 1868 derière page publicité
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En 1866, monsieur Jules Cauchois, achète à Méru une petite imprimerie « place du marché aux légumes » (place de l’église) et fonde le premier journal de Méru dont il est à la fois rédacteur imprimeur et directeur, cette feuille porte en sous titre : journal de Méru et des communes circonvoisines, rubriques agricoles, commerciales littéraire et artistique ! Il y traite dans ses colonnes de l’activité méruvienne. Chaque semaine on y trouvait des article concernant la création de la ligne de chemin de fer, des questions administratives, des compte rendus, le programme des fêtes ( en particulier des fêtes de Pâques déjà existantes et célèbres, maintenant disparues.

Ce premier journal local qui commente et même critique l’administration locale, porte ombrage au élus qui n’en avaient pas le contrôle. M ; Cauchois revendiqua le droit de discuter librement de toutes les questions en général et sur les affaires administratives. Dans de nombreux numéros on parle notamment de la boulangerie coopérative qui fut fondée en 1868 par Charles Boudeville, pharmacien et homme politique.

Quand en 1870 les Prussiens envahissent l’Oise, Jules Cauchois défend le patriotisme dans ses colonnes, à l’instar des autres journaux de l’Oise. Fait incroyable ils publient à côté des communiqués que leur imposent les occupants, des nouvelles de Paris et de l’autre côté du front.

Les journaux paraissant à cette époque doivent envoyer deus exemplaires de leurs publications à la censure allemande. Mais on peut penser que peu se soumettent à cette obligation. D’autre part, les responsables du comité de censure allemand ne prennent pas leur travail au sérieux.

Le 9 novembre 1870 J.Cauchois écrit dans son éditorial : « ….C’est pendant que l’étranger souille le sol de la patrie, c’est pendant qu’il assiège la capitale et qu’il espère nous ravir deux provinces… » Il publie notamment une lettre d’un chef d’établissement privé de Méru, M. Dualle qui pour le moment est dans les rangs de la garde nationale à Paris : « …Patience, le moment arrive ou notre revanche sera terrible, exemplaire. Il faut qu cette horde de barbares qui a pillé, qui a incendié, qui a violé, qui a semé la mort et la désolation sur son passage, expie ses outrage en fécondant de ses cadavres nos pauvres campagnes ravagées… »

Toute cette prose injurieuse est vendue et distribuée en toute quiétude au nez et à la barbe de l’occupant. Le 13decembre, le Journal de Méru publie cet article en première page :

« ….Les Prussiens ont bombardé Paris pendant 48 heures. Ils ont 80.000 hommes hors de combat, 50.000 prisonniers, 140 canons pris, 200 autres encloués qu’on n’a pu enlever, le prince Frederic Charles fut emporté par un boulet de canon en cherchant à rallier sa cavalerie, Bismarck est fait prisonnier… »

A la suite de cet article, la Commission municipale s’émeut et interdit à tous les abonnés du journal de laisser à la vue des occupants, aucun des exemplaires de celui-ci. Deux membres de cette commission se rendent à l’imprimerie et invitent Cauchois à ne pas distribuer sa feuille, de crainte que l’ennemi ne trouve motif à sévir. L’imprimeur se borne à répondre que la distribution est faite, non seulement dans le canton de Méru mais aussi dans les régions de Pontoise, Beaumont et autres endroits occupés par les Prussiens.

Effectivement, ceux-ci ont connaissance de ces parutions et 15 décembre, Jules Cauchois est arrêté, son apprenti - typographe, M. Troiseux, de Lormaison raconta plus tard, qu’il avait reçu des occupants un coup de botte au derrière qui lui fit descendre les escaliers en vitesse, l’atelier de composition étant au premier étage.

Les scellés furent posés sur l’imprimerie. La ville fut rendue responsable. Un détachement de Prussiens comprenant cavalerie et infanterie, occupa Méru pour appuyer une contribution de guerrede50 000 Fen vertu de l’acte suivant :

« Selon les ordres de S.A.R., le prince de Saxonnie, général en chef de l’armée de la Meuse, la ville de Méru a une contribution de 50 000 F à payer parce qu’elle à permis la circulation de nouvelles malignes.

Si le payement n’a pas lieu de suite, la ville aura à payer le double et recevra une garnison qui restera jusqu’au payement de la contribution. IL faut que le payement soit fait avant midi. »

Signé VON DIELESKY

Chef d’escadron au 7ieme dragons.

La somme est énorme et seulement 7 600 F sont réunis. Le commandant accepta comme acompte cette somme qui lui est remise par Charles Boudeville. Celui-ci, se proposa comme otage. Jules Cauchois fut déporté à la forteresse de Dantzig ou il passera un hiver très rude et reviendra malade.

Une députation ayant à sa tête M Boudeville se rendit à Margency au Q G du prince de Saxe et obtint la réduction de la contribution à 10 000 F, le 22 décembre un petit corps vint chercher le complément, soit 2 400 F.

Ainsi finit le premier « Journal de Méru » qui n’aura eu que quatre ans d’existence. En effet, a son retour Cauchois ne reprend pas le publication de sa feuille, d’autant que la ville de Méru lui réclame la somme de 10 00F plus 886 F pour frais de nourriture des hommes et des chevaux expédiés pour l’acquit de la contribution. Il en résultat un procès que la ville perdit, et dont elle paya les frais

Jack Gonet

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