Martyrs de la résistance.

Publié le par Jack GONET

Ami entends-tu le vol noir des corbeaux dans la plaine

Ami entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne

Ohé! partisans, ouvriers, paysans c’est l’alarme

        Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes.

Cette chanson écrite par Joseph Kessel et Maurice Druon  est devenue le chant de la résistance. C'est  en entendant cette chanson qu'un groupe de 15 partisans méruviens ont monté cette opération :

Pendant quatre ans, notre paisible cité fut occupée par les troupes du Reich, certains méruviens étaient indifférents, d'autres plutôt complaisants, et d'autres refusant cette présence, complotaient comme le demandait le général De Gaule dans son appel du 18 Juin 1940.

  Ainsi dans l’ombre, de bons patriotes préparaient une revanche et se constituèrent en combattants, après avoir pris contact avec les résistants partis en grande Bretagne, ils communiquaient par radio, envoyant des renseignements sur les mouvements de troupes et aussi sur l’aménagement d’un camp qui se construisait autour du tunnel ferroviaire du Coudray ou venait se garer le train blindé de Goering, d’où il conduisit la bataille d’Angleterre, C’est ainsi que peu après la Pentecôte 1943 un message personnel issu de la radio anglaise, annonçait : « la gare du nord est encombrée ». Répété deux jours de suite il annonçait aux résistants méruviens un parachutage d’armes sur un terrain convenu à l’avance près d’Haillencourt.

              Les faits sont restés dans la mémoire de Marcel Ponlevé, boucher chevalin maintenant décédé, ils ont étés recueillis en 1977 par le rédacteur d’un journal local :

           L’opération de parachutage à Haillencourt qui devait permettre de ravitailler le réseau en armes est mise au point quelque temps avant par un officier anglais venu incognito repérer les lieux : Quinze hommes sont nécessaires. Un pour chacun des dix parachutages, trois pour les lampes de signalisation, les deux autres font le guet, il est vingt deux heures  trente,  les hommes sont sur les lieux,  arrivés avec la C4 de Ponlevé ou à pieds, l’avion apparaît, il survole le champ, aucun signal, c’était convenu, il n’est envoyé qu’ au deuxième tour : Deux ampoules blanches s’allument puis une rouge s’allume signalant le lieu du parachutage, le troisième tour est une confirmation, au quatrième les dix containers d’arme commencent doucement leur descente jusqu’au sol. 1500kg au total sont immédiatement dissimulés sous le tas de fumier de Gaston Hebert, dans sa ferme, à quelques dizaines de mètres de là. Les jours suivants, André Carrier le plus jeune des quinze hommes, seize ans, transporte toutes ces grenades, colts et mitraillettes dissimulés sous la paille d’un tombereau attelé à un petit cheval. Il fait plusieurs fois le voyage à pieds à la ferme de la rue du Dr Gey à Méru, en plein jour, il les décharge pour les monter avec une échelle dans le grenier.

                  L’opération est terminée, mais les occupants allemands apprennent ce parachutage. Le 23 juin, un homme se disant anglais se présente chez René Davesne qui n’a pas participé à l’opération, mais membre du réseau, le faux anglais connaît le mot de passe : « c’est moi Jacques, le nord vient au sud ». Sans méfiance le résistant le fait entré dans l’appartement, puis le conduit à l’auberge de l’union, un établissement de la rue de la  rue de la république pour l’apéritif. A l’intérieur trois fonctionnaires de la Gestapo l’arrêtent : « police allemande » dans une Hotchkiss à capote blanche le faux anglais emmène Davesne à la kommandantur, l’actuelle maison notariale. M. et Mme Lhomme, Mme Davesne sont aussi emprisonnés, d’autres aussi sont arrêtés, Gabriel Lhomme, Victor Lucas, appariteur à la ville, membre de l’organisation civile militaire comme Marcel Ponlevé qui sera le seul rescapé, et Gaston Hebert le fermier du lieu de parachutage.

            Ces arrestations son vite connues de tout le monde. Ponlevé rencontre Lucas, celui-ci est calme : « Nous ne partons pas, sinon ils arrêteront nos familles et prendront peut-être des otages à Méru » ; Le lendemain à 8h30, alors que déjà les ménagères font la queue devant la boucherie, les soldats allemands  surgissent : «Ecartez-vous » et une mitraillette braquée entre les grilles du magasin, ils crient à Marcel Ponlevé : « Ouvrez, nous avons des armes et nous savons nous en servir » Les menottes aux poignets le boucher est conduit à la Kommandantur, puis emmené avec Victor Lucas à Haillencourt ou ils  découvrent M. et Mme Hebert enchaînés, leurs quatres fils retournant le tas de fumier.

           Les Allemands s’acharnent sur eux « Où sont les armes ? » Pas de réponse, Davesne est là aussi, il porte les traces de la torture. Ponlevé finit par indiquer la cache : « je ne pouvais par voir ces jeunes enfants battus » Les cinq hommes arrêtés sont emmenés à Fresne, ils y resteront deux jours au secret, dans le sous-sol. Puis avenue Foch à Paris

      Deux autres jours sans nourriture. Les interrogatoires se succèdent : « Vous étiez combien ? », « quinze » répond Marcel Ponlevé .

          « Ou sont les autres ? » , « Je ne sais pas »

      La torture devient de plus en plus dure. Victor Lucas connaît le sort de la « baignoire »

      Marcel  Ponlevé a les mains écrasées au marteau. Il est frappé à la tête. « J’étais enragé de première bourre » note-t-il aujourd’hui. Après tous ces horribles     traitements, c’est à nouveau le secret.  Après trois mois s’est le conseil de guerre : « Votre cas est grave, leur dit l’officier, mais on peut l’arranger, donnez nous  vos dépôts de parachutages, en échange, nous vous donnerons de l’argent et des papiers pour filer en Suisse attendre la fin de la guerre. »

            Les réponses sont unanimes : « Non » « Vous serez fusillés demain matin » s’exclame l’Allemand, le lendemain, c’est la même mise en scène  et la réponse : « Vous n’êtes pas dignes  de mourir sous les balles allemandes, dit alors l’officier, vous périrez dans nos  camps

           Les cinq camarades de Méru passent encore cinq mois à Fresnes avant d’être embarqués dans des wagons à bestiaux à direction de Compiègne, Buchenwald. C’est là que meurt Gabriel Lhomme, Victor Lucas et Gaston Herbert périssent quelques mois plus tard à Flossenburg où ils ont été transférés

           Mars 1944, Marcel Ponlevé, matricule 40615, quitte Flossenburg pour Radischko où il est libéré par les Russes le 12 mai 1945, René Davesne, lui déporté,  à Dora est décédé à son retour du camp. C’était une dénonciation vraisemblablement, une femme de service de Nord Lumière dont M. Davesne était le directeur a été soupçonnée, mais aucune inculpation

            « Quand je suis rentré, raconte Marcel Ponlevé je pesais 42 kg, j’en pesait 91 quand ils m’ont pris, c’était dur, très dur ce qui m’a sauvé c’est que je n’avais de famille, pas enfants. Lucas avait quatre enfants, Hebert six et j’étais aussi le plus jeune.

             « A mon arrivée à Méru par le train, Marcel Coquet, le maire d’alors trop ému n’a pas pu lire son discours, ma femme ne m’a pas reconnu »

              Marcel Ponlevé n’a pas de rancœur : « Si j’avais des enfants je les enverrais apprendre la langue » Il dit aussi « C’est magnifique de pouvoir affirmer maintenant « tout mais pas ça. »

            Les onze autres  résistants de cette opération étaient : MM. Léon Letot, Emile Alaboine, André Carrier, M. Lignereux, un employé de M.Musat, M. Bizet, Jean Coatanet et les quatre fils de Gaston Hebert.

          

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Le jour de la libération, défilé, devant le QG des FFI, résistants méruviens.
Le jour de la libération, défilé, devant le QG des FFI, résistants méruviens.
Le jour de la libération, défilé, devant le QG des FFI, résistants méruviens.
Le jour de la libération, défilé, devant le QG des FFI, résistants méruviens.

Le jour de la libération, défilé, devant le QG des FFI, résistants méruviens.

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MartineCONET AUBINAIS 25/03/2017 04:41

Bonjour j'ai reconnu mon père sur la dernière photo du bas"le jour de la libération défilé duQG des FFI résistants méruviens "la personne à gauche portant un bérêt habillé en militaire et tenant une mitraillette est mon père René CONET résistant FTP né le 26 mai 1919 à Lormaison ciheminot à CHAMBLY Moulin Neuf...il faisait parti du réseau de Ronquerolles avec Klébert Dauchel des "résistants de l'ombre"....si vous pocédez plusieurs photos ou il apparait cela me fera plaisir que vous me les envoyer Cordialement