Quand le blanc d 'Espagne venait du sous sol méruvien

Publié le par Jack GONET

La transformation de la craie du sous-sol méruvien est une vieille industrie qui, si elle employait beaucoup moins de main d’œuvre que la fabrication des boutons, porta le renom de notre bonne ville de Méru partout dans l’hexagone et même en Europe.

C’est en 1816 qu’un certain M. Oriot fonda une fabrique de « Blanc d’Espagne » à partir de la marne que l’on trouve partout sur les coteaux Est de Méru sous une mince couche de terre arable, quelques ouvriers trimaient dur à extraire la matière première à la pelle et à la pioche pour en extraire le précieux carbonate de chaux, cette particularité du sous sol fut exploitée bien avant puisque qu’il existait deux fours à chaux à Méru dont l’un transformé en maison d’habitation existe encore rue Louis Blanc. M. Lotte reprend l’affaire 19 ans plus tard et modernise de procédé du traitement, la production passe à 50 tonnes par ans, les blocs de calcaire sont broyés dans un tour genre moulin à huile, une grosse meule écrase la craie avec comme force motrice un cheval qui tourne comme dans un manège.

En 1868,M. Brebant-Crozet fonde sa fabrique rue Anatole France à l’endroit ou M.M. Peneau installèrent en 1961 un commerce de boissons en gros. Le système se perfectionna encore la pierre fut remplacée par une roue en fonte et dont les dents étaient en bois, en effet les silex qui se trouvaient dans les morceaux de craie en se prenant dans les dents de métal, quelqu’un eut l’idée d’utiliser des dents en bois qui en se brisant sur les gros silex évitaient le blocage de la machine, le cheval étant remplacé depuis longtemps par une machine à vapeur.

Quelques années plus tard, MM. Tissot et Thiébaut fondaient une autre usine, rue Mimaut, plus près du lieu d’extraction, un tunnel fut creusé et les gros blocs de craie arrivaient par wagonnets. Le système de fabrication était plus moderne, un courant d’eau entraînait la craie broyée dans un système ou le sable se déposait, ce que l’on pourrait appeler le lait parvenait dans des grands bassins dans lesquels il se décantait, on obtenait ensuite de la craie pure, puis cette pâte humide prenait la forme de pains d’environ qui étaient déposés sur des plateaux abrités, mais en plein ait. Ayant perdu leur eau, bien secs ils étaient encore broyés en une poudre impalpable, puis conditionnés en sacs de 50 Kg

Ce produit fini était vendu pour en faire du mastic de vitrier dans une fabrique rue Arsène Bulard et chez Chapelain, ce mastic était constitué d’un mélange de blanc de Méru, d’huile de lin et de savon noir. Le Blanc de Méru servait de base pour les peintres, pour charger le caoutchouc à l’usine de Beaumont, pour la fabrication des dentifrices, de produits de beauté, de papier-peint, de toile cirée, et très utilisé par les ménagères pour nettoyer l’argenterie. Ce blanc de Méru de très bonne qualité obtint en 1900 une médaille d’or lors de l’exposition internationale. Une analyse en donne ainsi la composition : carbonate de chaux 97,25 %, eau 0,14, magnésie et oxyde de fer : traces, alumine 1,75, sulfate de chaux 0,22, silice 0,43, matières organiques 0,21.

La fabrication se perfectionna dans les années trente et s’amplifia, des gazogènes fournissaient de l’air chaud pour sécher plus rapidement les pains, en 1936 dix tonnes étaient livrées chaque jour à la société Calité –Fillion à Aubervilliers. Le travail était pénible, faiblement rétribué, la main d’œuvre n’était pas stable, certains tricards (interdits de séjour à Paris) venaient se mettre au vert et se faisaient un peu d’argent en travaillant quelque temps au blanc. En 1936 l’usine se met en grève pour obtenir des douches, la journée de huit heures et la « semaine anglaise »

L’exploitation fonctionnera jusqu'à la déclaration de guerre et ne fut reprise qu’après la fin de celle-ci par M. Prevost qui exploita la carrière de la route d’Hénonville avec quelques ouvriers et du vieux matériel, en 1955 la société des blancs minéraux de Paris continue de traiter la craie méruvienne jusqu’en 1961 où l’usine de la rue Anatole France est rachetée par les frères Peneau aux dames Calité.

Dès l’abandon des grandes carrières de la route d’Esches, quelques téméraires méruviens inventent, avec des motos trafiquées le moto-cross, en particulier Roger Drobecq et ses amis plus ou moins casse-cou. Le Moto Club Méruvien était né et aménageait ce circuit qui devint célèbre et reçut les plus grandes compétitions de France et d’Europe. Par la suite les carrières furent rebouchées et ce fut la fin des fabuleux cross. On construisit sur le site le quartier Mendès-France.

Cette petite histoire est écrite d’après les souvenirs de mon père qui travaillait au Blanc de Méru, et en fut licencié à la suite de la grève de 1936. Les photographies sont aussi de lui

 

Quand le blanc d 'Espagne venait du sous sol méruvien
Quand le blanc d 'Espagne venait du sous sol méruvien
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Angelilie 08/04/2017 13:51

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une découverte et un enchantement.N'hésitez pas à venir visiter mon blog. au plaisir

Gonet Jack 09/04/2017 08:15

Merci de vos compliments, ce fais cela par plaisir en plongeant dans mes souvenirs et en puisant dans mes archive, je vais rendre visiteà votre blog