LE 8 MAI 1945 A MERU

Publié le par Jack GONET

Journée folle ce jour là à Méru. J’avais 12 ans et nous vivotions encore depuis la libération, rationnement, manque encore de tout, les troupes américaines avaient pratiquement déserté la ville en laissant derrière eux beaucoup de matériel hors d’usage.
Un jeune instituteur, devenu ensuite une grosse pointure de l’audiovisuel, Roland Dhordain avait fondé une « troupe » d’éclaireurs de France, des scouts laïcs. Avec quelques uns de ses plus grands, j’en faisais partie, nous avions décidé de monter un gibet sur la place de l’hôtel de ville, auquel serait pendu un mannequin à l’image d’Hitler. La coiffeuse de la place nous avait fourni une tête que le gendre de Mme Wiet, épicière place de l'hôtel de ville, lui aussi instituteur, avait transformé en un Adolf très ressemblant. Un uniforme d’officier allemand, y compris les bottes et la casquette avaient été récupérés, oubliés dans un cantonnement méruvien. Un mannequin fut vite fait, avec le la paille, le tout étant destiné a être brûlé, nous avions bourré le pantin d’éléments de fusées de signalisation américaines. Les troupes américaines avaient laissé un dépôt de munitions face à la fonderie, que nous, jeunes galopins, allions piller allègrement. Les fusées en carton étaient démontées, comme mèche, pour la mise a feu nous utilisions de la poudre à canon que les allemands avaient laissé dans le « bois lapin ». Des sortes de macaronis noirs avec lesquels nous faisions aussi des lances flammes.

Le mannequin fut promené dans Méru, à l’aide de la camionnette du boucher Maurice Poulain avec une annonce invitant la population à assister à la mise a feu. Mais pendant ce temps une autre attraction se préparait en coulisse, Saül Deruelle, laitier - épicier de son état, avait promis à Georges Lebrun, couvreur et grand résistant, une caisse de champagne si il osait accrocher un drapeau au haut du clocher de l’église.

« Ti Georges » comme on l’appelait, était aussi sapeur pompier sous les ordres du capitaine Bernard et rompu à tous des exercices d’acrobatie. Il fit appel a des collègues couvreurs et ils préparèrent ensemble l’escalade du monument au grand dam de Marcel Coquet, maire qui voulait lui interdire cet exploit. C’en était un, il fallait monter dans le clocher parmi la charpente, puis en sortir par une trappe située à la face est, monter à l’aide d’une corde une échelle plate, l’accrocher à un crochet prévu à cet usage juste au bas de la croix. Déjà là l’exercice était périlleux.

Une foule considérable regardait en silence, « Ti Georges » monta à la force des bras après la croix, et installé, sur la barre horizontale de celle ci, il hissa quatre drapeaux aux couleurs des alliés. Ceux–ci bien arrimés, en guise de clin d’œil, il fit le cochon pendu, et salua ainsi la foule présente. A sa descente il fut ovationné Le bûcher fut enflammé, brûlant l’effigie du furher bourré de feux de Bengale maison.

Le soir un bal populaire fut organisé sur la place face à la mairie. L’estrade était édifiée le long de l’église. Des musiciens locaux animèrent la soirée jusque tard dans la nuit. Le vin blanc coulait à flot, tandis que nous autres galopins faisions brûler des feux de Bengale dans les rues avoisinantes de la place malgré une interdiction des gendarmes. Les drapeaux restèrent longtemps au haut du clocher puis au fil des ans disparurent érodés par les intempéries et ne furent plus qu’un souvenir qui s’estompa dans l’esprit des méruviens, plus vite que ces années de misère.

Jack GONET

N.B Certains ont affirmé que l’exploit du clocher avait eu lieu le jour de la libération, ce jour, Georges Lebrun était un de ceux qui avaient monté la garde à l’hôtel du Lion d’Or pour protéger le jeune Veditz qui se reposait de son arrivée triomphale et arrosée à Méru. Puis ils participa au combat des résistants pour « nettoyer » la région

Je ne peux proposer des images de cette mémorable journée, la pellicule photo était encore rare et inaccessible aux photographes amateurs

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